Passer au contenu principal. Début du contenu principal
The Geopolitics of Infrastructure

Le conservateur Nav Haq sur l’exposition The Geopolitics of Infrastructure

Notre exposition d’été rassemble treize artistes et duos d’artistes qui interrogent l’enchantement et les dynamiques de pouvoir des infrastructures. Pourquoi s’intéresser à ce thème aujourd’hui ? Et que signifie une telle exposition collective pour les artistes — et pour le musée ? Une conversation avec le conservateur Nav Haq.


D’où est née l’idée de ce thème?

Chaque été, le Muhka organise une exposition collective autour de questions sociales pressantes explorées par les artistes contemporains. De nombreux artistes s’intéressent actuellement aux questions d’infrastructures internationales : les systèmes de communication, de transport, de commerce et d’énergie, ainsi que les services publics tels que l’éducation et la santé, et même les infrastructures militaires — qui, à leur tour, peuvent détruire ces mêmes systèmes.

Construire et maintenir ces systèmes nécessite une coopération internationale, ce qui rend les infrastructures intrinsèquement géopolitiques. Les artistes participants abordent chacun le sujet depuis leur contexte local. Leurs perspectives variées se combinent en un ensemble de connaissances mutuellement enrichissantes. Le Muhka est le premier musée à présenter une grande exposition sur ce thème urgent : l’infrastructure comme instrument géopolitique.

Un sujet particulièrement pertinent alors que les relations internationales se tendent de plus en plus.

Nous dépendons tous des infrastructures, mais ne les remarquons souvent que lorsqu’elles dysfonctionnent. Pensez à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Brusquement, l’Europe a dû se demander où trouver son gaz et son pétrole si ce n’était pas en Russie. Ce sont ces moments — lorsque nous devons repenser ces systèmes — qui les rendent visibles et révèlent leur influence sur notre quotidien.

Un exemple marquant dans l’exposition est le documentaire expérimental China, Beijing, I Love You! de l’artiste Köken Ergun. L’œuvre prend pour point de départ l’initiative chinoise Belt and Road — une nouvelle vision de la Route de la Soie, un vaste réseau ferroviaire allant de la Chine à Anvers. Environ 150 pays y sont impliqués, chacun cherchant à obtenir sa part, et la géopolitique n’est jamais loin. L’exposition examine ce que ce nouveau trajet pourrait signifier pour la politique, mais aussi pour notre vie quotidienne. Après tout, il a un impact direct sur nous tous. Pensez à la batterie de votre voiture électrique ou de votre téléphone : d’où vient-elle et comment arrive-t-elle jusqu’ici ?

Tekla Aslanishvili
Tekla Aslanishvili, A State in a State (still), 2022. Courtesy the artist.
Köken Ergun & Fetra Danu
Köken Ergun & Fetra Danu, China, Beijing, I Love You!, 2023. Courtesy the artists.

Comment avez-vous sélectionné les artistes et leurs œuvres?

Cela implique une recherche approfondie. En tant qu’institution internationale, nous suivons les scènes artistiques du monde entier, avec un focus particulier sur l’Eurasie — précisément la région où se déploient aujourd’hui les plus grands projets d’infrastructure. En voyageant, en lisant largement, en visitant des écoles d’art et en m’appuyant sur mon réseau, je découvre des artistes travaillant sur ces thèmes. Pour l’exposition, j’ai invité des artistes dont les projets offrent ensemble des perspectives multiples.

Ce qui ressort, c’est que beaucoup d’artistes travaillent eux-mêmes comme des chercheurs. Ils observent les grands projets d’infrastructure sur le terrain et traduisent leurs observations en art. Cette approche se reflète fortement dans l’exposition. Chaque artiste bénéficie d’une présentation substantielle, souvent avec plusieurs œuvres.

Jonas Staal
Jonas Staal
Jonas Staal
Jonas Staal

L’exposition présente également des modèles alternatifs porteurs d’espoir.

En effet. Un bon exemple est l’artiste néerlandais Jonas Staal, qui collabore avec New World Summit. Avec des groupes politiques locaux dans des régions sans État, il développe des parlements et ambassades alternatifs, souvent conçus comme des propositions architecturales. Il a même été chargé de concevoir un nouveau parlement pendant la guerre civile au Rojava, dans le nord de la Syrie.

Autre source d’inspiration : The Question of Funding, un collectif composé principalement d’artistes palestiniens ayant participé à documenta 15. Ils interrogent « l’économie des donateurs », dans laquelle les artistes — comme ceux de la scène artistique palestinienne — dépendent fortement des financements étrangers. Pour réduire cette dépendance, ils recherchent des infrastructures culturelles alternatives. Leurs propositions s’appuient sur des ressources locales et une économie circulaire, en collaboration avec des agriculteurs, habitants et artistes.

Assem Hendawi, Everything Under Heaven (stills), 2022, Courtesy the artist
The Question of Funding
The Question of Funding

Y a-t-il des thèmes transversaux dans l’exposition?

Oui. Les infrastructures apparaissent souvent comme une extension du pouvoir et de l’influence de l’État. La politique exerce une fascination presque aveuglante à leur égard. Les grands projets symbolisent des rêves de progrès, de modernisation et d’efficacité. Les infrastructures concernent non seulement l’espace, mais aussi le temps : accélérer les choses, les rapprocher.

Les artistes abordent cela à leur manière. Ils réfléchissent aux vastes ressources que nécessitent les infrastructures, à la coordination qu’elles impliquent et aux dimensions conceptuelles du temps et de l’espace. Ce faisant, ils éclairent les structures de pouvoir et leur impact immense sur les populations et l’environnement. Mais ils envisagent aussi des opportunités et des modèles alternatifs. Le résultat est un mélange de réflexion critique et de spéculation optimiste.

Quelle est la partée d’une exposition collective pour le Muhka?

Les expositions collectives permettent au Muhka de tester une hypothèse sur la place de l’art aujourd’hui. Le musée est reconnu internationalement pour ce type d’exposition. Nous réunissons des recherches sur des questions sociales essentielles et offrons aux artistes une première plateforme importante.

Souvent, les expositions collectives débouchent ensuite sur des expositions personnelles ou des acquisitions. Un bon exemple est notre exposition de 2014 Don’t You Know Who I Am? Art After Identity Politics. Quatre ou cinq artistes participants ont ensuite bénéficié de leur première grande exposition rétrospective dans la décennie suivante. Nous visons de tels engagements à long terme avec les artistes.

Les expositions collectives créent aussi des rencontres : les artistes se rencontrent, collaborent à l’installation et dialoguent avec le public et entre eux. Des intérêts communs émergent et de nouvelles relations et collaborations voient le jour.

L’exposition s’étend au-delà de la galerie. Une plateforme en ligne est également disponible.

Exactement. Nous avons choisi de ne pas produire de catalogue imprimé, mais de créer un format numérique qui restera accessible après l’exposition. Cela rend le contenu plus large et plus facile d’accès. Nous publions également une série d’essais sur les infrastructures dans le cadre de « New Silk Road » sur e-flux.

Pour le Muhka, les expositions collectives sont bien plus que des projets ponctuels. Elles constituent une part essentielle de notre identité et une source de notre réputation internationale. Elles incarnent notre mission de considérer l’art d’un point de vue international, et particulièrement eurasien ; de connecter les générations ; et de contribuer à façonner l’art du XXIᵉ siècle.

Jean Katambayi Mukendi
Jean Katambayi Mukendi
Winnie Claessens
Winnie Claessens, Future Archaeology – Scarpa, 2024. Courtesy the artist.
Zheng Mahler
Zheng Mahler, Mountains of Gold and Silver Are Not as Good as Mountains of Blue and Green, 2020. Courtesy Zheng Mahler and PHD Group.

Ressources contextuelles

Qui le souhaite peut s’approfondir sur le sujet en consultant une plateforme en ligne créée spécialement pour l’exposition The Geopolitics of Infrastructure — Perpectives contemporaines. Vous y trouverez de plus amples informations sur les artistes et les œuvres exposées, des contributions éditoriales, une contextualisation des thèmes abordés dans l’exposition et des parallèles notables avec l’actualité du monde. La plateforme met en outre à disposition des documents audiovisuels issus des performances et des conférences organisées dans le cadre du programme public qui accompagne l’exposition.

Pour consulter la plateforme : geopoliticsofinfrastructure.net

Sojung Jun
Sojung Jun
Shahana Rajani
Shahana Rajani

wiki c